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La douleur dans l'art occidental chrétien

article rédigé par Dooloo le 5 juil. 2017

douleur et art de vivre
douleurs et techniques

Tu enfanteras dans la douleur...

Dans le christianisme, la douleur a toujours été définie comme la conséquence du péché, ce qui implique son acceptation.

Avec la venue du Christ qui subit la Passion pour racheter l’humanité, elle est devenue rédemption.

Cette conception de la douleur trouve une concrétisation dès le IIe siècle, lorsqu’est “inventée” la notion de “martyre”

À partir de l’an 313, l’Église commence à réaliser l’unification religieuse de l’Occident. Elle met en place un culte essentiel : celui des saints, des “êtres de chair et de ciel”,  qui, par leur martyre et leur mort, perpétuent l’exemple du Christ et deviennent des modèles.

Au moyen âge, représenter la douleur, c’est représenter le corps et ses expressions.

Avec d’abord, la Crucifixion comme l’un des sujets majeurs de l’iconographie, la scène évolue pour symboliser le Christ vivant, pour signifier son triomphe sur la mort accompagné de témoins, notamment la Vierge et saint Jean, et parfois Marie Madeleine et les Saintes Femmes.

Ce sont ces témoins, humains, qui expriment leur douleur face à la perte d’un être cher.

L’artiste ne pouvant représenter les expressions du corps qu’avec modération, une codification se met en place.

La douleur d’un personnage est signifiée par un geste ou une attitude :

 

  • la ou les mains placée(s) devant la bouche comme pour arrêter le cri ou éviter que ce cri ne soit perçu
  • une main soutenant la tête
  • la tête tenue entre les mains 
  • ou encore la tête penchée sur le côté.

Ce type de représentation se fixe et va se maintenir plusieurs siècles.

Ci-contre : crucifixion. La tête penchée de la vierge et le bras soutenant la tête expriment la douleur. 

Au Dieu fait Homme triomphant de la mort succède l’Homme-Dieu, l’Être souffrant qui meurt sur la croix.À partir de la fin du XIIe siècle, une nouvelle orientation théologique se dessine :
Dans cette évolution de la spiritualité, la Passion devient un thème majeur.

Les laïcs choisissent de se reconnaître en cet être sanguinolent qui offre pour leur salut sa douleur et sa mort.

Cet être qui inspire dorénavant la compassion !

L’Église répond à cette nouvelle forme de piété par la création des ordres mendiants, les Dominicains et, surtout, les Franciscains (François d’Assise reçoit les stigmates !).

Le roi Louis IX affiche sa volonté de s’identifier à la personne du Christ et va jusqu’à s’infliger la discipline.

La multiplication des confréries permet aux laïcs de participer activement à leur religion, de développer la compassion, notamment par le théâtre sacré.

Une religion privée se met en place, dans laquelle apparaît une volonté de s’identifier, par la douleur, au Christ.

L’art représente dorénavant le Christ mort, le corps fléchi, la tête pendante, les yeux fermés et ce, de manière de plus en plus réaliste.

Ainsi se multiplient les petits panneaux peints où figure le Christ en croix, souvent accompagné de la Vierge et de l’apôtre Jean exprimant leur souffrance.

Le phénomène amorcé au XIIIe siècle trouve son aboutissement aux XIVe et XVe siècles.

Le parallélisme établi entre la souffrance des hommes et celle du Christ introduit une nouvelle orientation de l’art religieux.

On représente la Création, le Péché originel, puis l’Enfance du Christ. 

Mais l’essentiel du “programme” est tourné vers la Passion, la Crucifixion et le Jugement dernier avec mise en exergue de l’Enfer.

Stylistiquement, la recherche d’un réalisme de plus en plus précis se généralise : on passe d’une certaine retenue dans la manifestation de la douleur à une expression d’un réalisme stupéfiant.

  • Les anges pleurent 
  • Les visages des Saintes Femmes sont déformés par la douleur…

Les artistes trouvent là l’opportunité de montrer la douleur à la fois physique et psychologique.

Ces visages des damnés par exemple expriment les hantises de la société du Moyen Âge finissant

Du reste, il est encore fréquent de constater chez certains patients de la détresse face à la douleur et, souvent, une incapacité à s’exprimer qui conduit à de la résignation “On n’a pas le choix” ; “Il faut prendre son mal en patience” !En tant que patient, Philippe Durant soulève que cette normalité chrétienne de la douleur explique probablement pourquoi, encore aujourd’hui, on parle si difficilement d’un tel sujet et pourquoi les mentalités sont si lentes à évoluer.

Dans le même ordre d’idée, une enquête menée par l’Association française contre les myopathies, en 2003, montrait que 60 à 80 % des personnes souffrant de cette pathologie considèrent que la douleur doit être supportée : un “bon malade” ne doit pas se plaindre !

Ne conviendrait-il pas, dès lors, d’expliquer aux personnes douloureuses comment la culture chrétienne a développé une telle conception de la douleur ?

Et pourquoi cette “douleur occidentale” a exercé une sorte de dictature vis-à-vis de l’individu souffrant, individu qui, par honte et culpabilité, n’a jamais osé se démarquer des “manières convenables” de la société ni se révolter ?

L’oeuvre d’art, moins abstraite que des concepts philosophiques ou théologiques, pourrait figurer parmi les supports les plus convaincants et conduise à la levée d’un tabou et à la prise de conscience du poids de la culture, donc aussi, par suite, au refus de la fatalité de la douleur.

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