mieux comprendre la lombalgie chronique

La lombalgie chronique de séfinit par une douleur dans le bas de la colonne vertébrale, au niveau de la région lombaire (au niveau des reins) qui persiste depuis plus de 3 mois. Cette douleur peut s'accompagner d'une irradiation à la fesse, à la crête iliaque voire à la cuisse et ne dépasse qu'exceptionnellement le genou. 

Elle est le plus souvent due (90 % des cas) à une atteinte fonctionnelle (contractures musculaires par exemple) associée ou non à une lésion anatomique (usure, vieillissement) des disques intervertébraux ou encore à des sollicitations de la colonne vertébrale trop fortes et répétées.

En France, on compte près cinq millions de lombalgiques et c’est la principale cause d'incapacité dans le monde. Les hommes sont plus touchés que les femmes.

Quels sont les manifestations ?

  • Douleur 
    • Elle est sourde et obsédante en continu dans le bas du dos : sensation de serrage, contractions musculaires...
    • Elle s'accompagne parfois d’une irradiation dans une ou les deux jambes, la douleur dépasse très rarement le genou.
    • Chez certaines personnes, la douleur est acceptable et permet une vie presque normale.
    • Chez d’autres, elle est très invalidante et affectent la vie dans toutes ses dimensions socio-professionnelle, affective, plaisir à vivre. 

Comment est réalisé le diagnostic ?

  • Il comporte une évaluation initiale du patient par un interrogatoire et un examen clinique 
  • Cette évaluation a pour objectif d'une part d'identifier une éventuelle cause infectieuse, inflammatoire, tumorale ou traumatique à l'origine de la lombalgie, et d'autre part d'évaluer la lombalgie dans sa composante douloureuse et son retentissement sur l'activité physique quotidienne et sur l'activité professionnelle.
  • L'évaluation initiale doit comporter la recherche d'une anxiété et/ou d'une dépression qui peut être préexistante à la lombalgie ou engendrée par celle-ci.

D'où vient ma douleur ?

  • Son point de départ est variable et c’est souvent à l’occasion d’un geste anodin que la douleur prend le contrôle de votre vie :
    • Charges trop lourdes, stress, mauvaises postures ou encore sédentarité...
    • Faux mouvement, soulèvement brutal, mauvaise position, excès de poids,...
  • Dans certains cas, très limités, une lombalgie peut être causée par une infection, une fracture des vertèbres ou encore une tumeur.

Quels sont les facteurs favorisant le passage à la chronicité ?

  • Facteurs médicaux : intensité de la douleur, extension de la zone douloureuse, présence d’épisodes précédents...
  • Facteurs émotionnels : stress, anxiété, humeur dépressive, manque de soutien ou surprotection des proches, le catastrophisme qui tend à renforcer les comportements inappropriés et donc la douleur et l'incapacité, mais aussi à dérégler le fonctionnement neuro-endocrinien des voies de la douleur...
  • Comportements : réduction des activités quotidiennes, repos prolongé, passivité face à la maladie, attentes excessives par rapport aux médicaments, peur du mouvement (kinésiophobie ), difficulté à relâcher les muscles du dos qui entraîne une co-contraction excessive des muscles du corps, la mise en place de comportements inadaptés pour les mouvements...
  • Travail : la perception que le travail est dommageable, l’insatisfaction professionnelle, ses contraintes physiques (mauvaise posture, soulèvement de charges...)...
  • ​Style de vie : tabagisme, sédentarité, obésité, la consommation d’alcool, la pratique de certains sports...

La lombalgie chronique est également souvent associée à des modifications au niveau du cerveau (dans le cortex sensori-moteur) : perte de matière grise, manque d'inhibition de la douleur... qui contribuent à des changements sensoriels diffus et une altération motrice du mouvement. 

Mieux vivre avec ma douleur

La prise en charge d’une lombalgie chronique revêt 2 aspects : 

  • Réduire votre douleur = la priorité, pour retrouver une vie normale
  • Améliorer votre capacité fonctionnelle pour vous permettre de reprendre votre travail et de pratiquer vos activités sociales et plaisir

Elle est nécessairement multifactorielle et combine un traitement médicamenteux à un traitement non médicamenteux.

Traitements médicamenteux

  • Objectif : atténuer la douleur pour limiter votre handicap et retrouver une vie normale le plus rapidement possible.
    • Antalgiques de palier 1 : le paracétamol jusqu’à 4g/j en 4 prises associé à des anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène) en traitement court.
    • Antalgiques de palier 2 (tramadol) ou de palier 3 si les antalgiques de palier 1 ne sont pas suffisants. 
    • Relaxants musculaires (dont certains sont en vente lire) peuvent aussi aider à soulager la douleur
    • Antidépresseurs à doses antalgiques et corticoïdes, sous forme d’infiltrations
  • Place de la chirurgie
    • Elle n’est pas une solution « miracle » et doit rester une solution de dernier recours lorsque toutes les autres ont échouées.
    • Elle est justifiée pour des indications précises comme le canal lombaire étroit (CLE).

Traitements non médicamenteux

  • Objectif : viser le retour à la mobilité fonctionnelle et améliorer la qualité de vie.
    • Différentes options sont possibles :
      • Un programme de rééducation par des exercices pour renforcer la musculature de la zone lombo-abdomino-pelvienne, une bonne hygiène de vie et une formation sur les bonnes postures et techniques pour soulever des poids.
      • Des techniques de méditation et de relaxation, le yoga ou encore un accompagnement psychologique (TCC) peuvent également être utiles.
  • Rééducation fonctionnelle
    • La kinésithérapie permet de proposer un travail par l’exercice sur le verrouillage lombaire pour diminuer les contractures et les tensions et améliorer la capacité à réaliser tous les gestes de vie quotidienne tout en protégeant son dos. C'est un apprentissage qui peut être long mais essentiel pour la guérison.
    • Massages, acupuncture, ostéopathie, balnéothérapie sont également de bonnes alternatives pour vous soulager.
    • On pourra également vous proposer la neurostimulation électrique transcutanée (TENS).
  • Soutien psychologique
    • Pour lutter contre la kinésiophobie (peur du mouvement) et apprendre à gérer votre stress, différentes options peuvent être proposées, à vous de choisir celle qui vous convient : thérapie cognitivo-comportementale, hypnose, méditation… 
    • La prise en charge psychologique dans des écoles du dos permet d'obtenir des résultats satisfaisants
  • Un aménagement du poste de travail peut être nécessaire.

Conseils pour une prise en charge efficace :

  • L’important est de bouger !
    • Faire régulièrement des exercices physiques et alterner avec des périodes de repos et de détente
    • Eviter les 2 deux pièges suivants :
      • Cesser toute activité physique de peur de voir apparaître ou augmenter la douleur
      • Continuer les activités physiques jusqu’à réapparition de la douleur qui impliquerait de se mettre au repos jusqu’à disparition de la douleur.
  • Adopter un mode de vie sain
    • ​Surveiller son poids et rester toujours dans la fourchette d'un IMC normal
    • Porter une attention particulière à la musculature de l’abdomen et du dos
  • Surveiller constamment votre posture
    • Un dos bien droit, le regard vers l’avant et les épaules vers l’arrière
    • Si vous devez soulever un objet lourd, s’accroupir en fléchissant les genoux tout en maintenant le dos bien droit puis se relever en dépliant les jambes tout en tenant l'objet près du corps.
    • Éviter les mouvements de torsion du bassin ou de torsion du dos

Qui et quand consulter ?

Face à une lombalgie qui ne cède pas au bout de quelques semaines, le premier réflexe à avoir est de se rendre chez son médecin traitant. 

Il vous prescrira les médicaments appropriés et vous orientera si nécessaire vers un kinésithérapeute, ce qui aura pour résultat dans un grand nombre de cas d'éviter le passage à la chronicité.

S'il n'y a pas d'amélioration notable, il vous orientera chez le spécialiste le plus approprié ou le centre douleur le plus proche de chez vous.

Bibliographie

  • Sichère P. et al. La lombalgie (commune) en évolution. Douleurs 2013 ; 14(5) : 234-244.
  • Agence Nationale d'Accréditation et d'Évaluation en Santé. Diagnostic, prise en charge et suivi des malades atteints de lombalgie chronique. Douleurs 2001 ; 2(6) : 283-291.
  • Le Blay G. Rachialgies : prise en charge en médecine physique et réadaptation. Douleurs 2011 ; 12(4) : 173-180.
  • Zegarra-Parodi R. et al. Traitement ostéopathique de patients souffrant de lombalgies chroniques communes. Douleurs 2012 ; 13(1) : 17-24.
  • Diagnostic, prise en charge et suivi des malades atteints de lombalgie chronique, HAS, Décembre 2000.
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