mieux comprendre le syndrome de fatigue chronique

Le syndrome de fatigue chronique (SFC) se caractérise par un état de fatigue persistant extrêmement intense, apparaissant soudainement chez une personne jusque là en bonne santé et non dépressive, sans que l’on puisse trouver de cause particulière. D’autres symptômes peuvent être présents, tels que des douleurs des articulations ou des muscles, des maux de tête ou de gorge, des troubles de la mémoire...

Ce syndrome a reçu une multitude d’appellations à travers le temps : neurasthénie, syndrome de fatigue post-virale, mononucléose chronique, maladie des yuppies, syndrome du lac Tahoe ou encore encéphalomyélite myalgique.

En France, 150 000 personnes souffrent de fatigue chronique, essentiellement les adultes jeunes entre 20 et 40 ans, bien que tous les groupes d’âge (enfants, adolescents et personnes plus âgées) peuvent être touchés. Les femmes sont 2 fois plus atteintes que les hommes.

Quelles sont les manifestations ?

Le SFC se caractérise par la survenue, chez une personne jusque là en bonne santé, d’une fatigue invalidante et inexpliquée. Cette fatigue peut survenir dans les suites immédiates ou plus tardives d’une grippe ou d’un stress important.

  • Malaise et fatigue après effort
    • La personne ressent brusquement un manque d’énergie, voire un épuisement, surtout après des activités physiques (même banales, comme des courts déplacement ou des travaux ménagers).
    • L’état de fatigue, qui suit des efforts de moins en moins intenses, devient progressivement de plus en plus long (le malade ne « récupère » plus).
    • Cet état ne s’améliore pas avec le repos, et les personnes atteintes se réveillent fatiguées (sommeil non réparateur).
    • L’épuisement est tel qu’il retentit sur la vie quotidienne de manière importante, rendant parfois l’exercice de l’activité professionnelle impossible.
  • Symptômes « grippaux »
    • D’autres symptômes sont souvent présents, et font penser à un état grippal. Par exemple, il est fréquent que les personnes atteintes ressentent une faiblesse musculaire accompagnée ou non de douleurs diffuses dans les muscles (myalgies) et/ou les articulations (arthralgies).
    • Une fièvre, plus ou moins élevée, est également courante. Les malades se plaignent souvent de maux de tête et de gorge et de petits ganglions enflés peuvent être palpés au niveau du cou ou des aisselles.
  • Symptômes neurologiques
    • Parfois, des difficultés à se concentrer surviennent ainsi que des troubles de la mémoire d’évenement très récents.
    • Des vertiges peuvent apparaître, surtout lorsque la personne se lève brutalement. Ces vertiges peuvent être liés à une baisse de la tension artérielle, appelée hypotension orthostatique, survenant lors du passage de la position couchée à la position debout.
  • Des maux de tête importants peuvent également survenir.
    • Un état dépressif, survenant généralement en réaction à l’épuisement général, peut par ailleurs aggraver la fatigue.
    • Les personnes atteintes sont souvent plus émotives qu’avant et tolèrent moins bien le stress, le bruit, les changements.
  • Autres manifestations
    • Des sueurs nocturnes, des palpitations, un amaigrissement, une toux ou des difficultés respiratoires sont parfois observées.
    • Des troubles intestinaux (diarrhée, douleurs…) peuvent parfois apparaître.

​Ces symptômes peuvent se rapprocher de ceux rencontrés dans la fibromyalgie, l'hypotension, la mononucléose infectieuse chronique, l'hypothyroïdie, le syndrome de l'intestin irritable ou encore la dépression.  Pourtant, il ne faut pas confondre ce syndrome avec ces maladies.

Comment est réalisé le diagnostic ?

  • Le diagnostic du SFC est très difficile à faire, car la fatigue persistante est un symptôme de nombreuses maladies.
  • Il faut donc écarter toutes les causes possibles avant de pouvoir conclure à une fatigue chronique « inexpliquée ». On parle de diagnostic d’exclusion (qui se fait par élimination).
  • ​Seule une fatigue supérieure à six mois avec diminution importante des activités, sans cause organique apparente, oriente vers ce syndrome.
  • Lorsque le diagnostic tombe par élimination de toute autre pathologie, c'est une délivrance.

D’où vient ma douleur ?

Le syndrome de fatigue chronique n'a rien à voir avec une fatigue passagère.
Il s’agit probablement de la combinaison de plusieurs facteurs qui déclencheraient la maladie chez certaines personnes plus fragiles que d’autres.

  • Le SFC apparaît souvent après une infection bactérienne ou virale, comme la grippe, la mononucléose infectieuse ou encore la brucellose. Une fois la maladie guérie, la fatigue persiste.
  • Il pourrait également être due à une réaction excessive du système de défense de l’organisme ou à une réaction inappropriée de l’organisme au stress.
  • L’exposition à certains pesticides pourrait dans certains cas en être la cause.

Mieux vivre avec le SFC

Du fait de la multiplicité des symptômes, la prise en charge recommandée associe plusieurs approches destinées à soulager les symptômes et à améliorer les capacités physiques et intelectuelles pour redonner un maximum d'autonomie. Le traitement sera pluridsciplinaire et adapté au cas par cas avec : 

  • Un traitement médicamenteux à visée symptomatique
  • La gestion de votre quotidien pour éviter les crises de fatigue et engager la personne dans une démarche à l’effort très progressive 
  • Une thérapie cognitivo-comportementale pour mieux gérer son énergie.
  • Un accompagnement thérapeutique est également recommandé pour favoriser l’auto-prise en charge. 

Les traitements médicamenteux 

  • Antidépresseurs
    • Les médicaments antidépresseurs à faible dose agissent à la fois sur l’humeur, sur la qualité du sommeil et sur la douleur
    • Certains ont une action dynamisante.
    • Par ailleurs, le SFC s’accompagne souvent de signes dépressifs, les antidépresseurs peuvent alors aider à faire face à la maladie.
    • Les plus utilisés : les antidépresseurs dits tricycliques (comme l’amitriptyline) ou de la famille des ISRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine) comme la fluoxétine ou la sertraline.
  • Antalgiques
    • Les douleurs musculaires ou articulaires, ainsi que les maux de tête ou de gorge, lorsqu’ils sont présents, peuvent être soulagés par des antalgiques de palier I comme le paracétamol ou les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) type ibuprofène.
    • Ces antalgiques sont aussi efficaces en cas de fièvre.
  • Pour lutter contre un surmenage ou un épuisement passager, il existe de nombreux produits en vente libre tels que le magnésium, la vitamine C ou la phytothérapie…
    • Ces produits ont pour objectif de stimuler l'organisme.
    • Mais attention, la fatigue reste un symptôme qui peut annoncer le début d'une pathologie : si elle persiste au delà d'un mois, il est important de consulter votre médecin traitant.

Traitements non médicamenteux 

  • Activité physique : même si vous vous sentez épuisées par le moindre effort, la reprise de l’activité physique est primordiale.
    • Le manque d’exercice favorise la fonte des muscles et aggrave la faiblesse.
    • Le repos prolongé a, par ailleurs, paradoxalement tendance à accentuer la fatigue et l’état de faiblesse.
    • Des exercices progressifs dits de réentraînement ou réadaptation progressive à l’effort, encadrés de préférence par un physiothérapeute ou un kinésithérapeute, permettent de maintenir ou de restaurer la capacité des muscles. Ainsi, les exercices doux, comme le vélo, la marche ou la natation, à raison de 10 à 30 minutes par jour, semblent nettement diminuer la fatigue et améliorer la condition physique.
    • Vous pouvez aussi opter pour le Qi Gong ou le yoga. L’important, c’est de maintenir un certain niveau d’activité tout en restant à l’écoute de votre corps.
  • Soutien psychologique et gestion du stress
    • ​Le sentiment d’isolement, d’incompréhension ou de détresse qui résulte de votre faiblesse physique peut être pesant et une écoute bienveillante peut être bénéfique.
    • Des séances de soutien psychologique ou de thérapie cognitivo-comportementale (qui est une forme de psychothérapie) s’avère efficace chez près de 70 % des personnes atteintes du SFC.
    • Elles permettent d’améliorer le bien-être général.
    • Elles peuvent aider à mettre en pratique les bonnes attitudes face aux situations difficiles afin de vous permettre mieux les affronter.
  • Techniques de relaxation, méditation, mindfulness
    • ​Elles ont une influence sur le comportement face au stress et à la maladie.
  • Hygiène de vie 
    • Un sommeil suffisant, le maintien d’une activité physique régulière et adaptée et une alimentation équilibrée sont très importants dans ce contexte de maladie en relation avec le stress.
    • Il est recommandé d’éviter les excitants (café et thé), surtout l’après midi, en raison de leur effet négatif sur le sommeil et de limiter sa consommation de boissons alcoolisées qui peuvent aggraver l’état de fatigue.
    • Participer à des activités récréatives et à des loisirs en groupe contribue également au bien-être et permet d’éviter l’isolement et la prostration.

Qui et quand consulter ?

Selon les nouvelles directives de l'Assurance Maladie, la démarche à suivre pour que l’ensemble des actes soit remboursés est de consulter votre médecin traitant qui rédigera un courrier pour que vous soyez reçu par une équipes spécialisée (consultation de médecine interne, en interaction avec des spécialistes de psychiatrie, d’endocrinologie, de rhumatologie...)
Une fois le diagnostic posé, le médecin généraliste assurera le suivi et fixera le type et la fréquence des visites de contrôle en fonction des traitements mis en place.

Bibliographie

  • La fatigue chronique. Encyclopédie Orphanet Grand Public 2008.
  • www.orpha.net/data/patho/Pub/fr/FatigueChronique-FRfrPub790v01.pdf
  • Patarca-Montero R. Mark T. et al. The immunology of chronic fatigue syndrome. J CFS 2000 : 6(3/4) : 59-107.
  • Komaroff AL. The biology of the Chronic Fatigue Syndrome. Amer J Med 2000 ; 108: 99-105.