mieux comprendre la céphalée par abus médicamenteux

Paradoxalement, beaucoup de médicaments antidouleur peuvent, s'ils sont pris en trop grande quantité, provoquer un mal de tête.

  • Comme les douleurs ne passent pas, la personne a recours à de plus en plus de médicaments et plus elle prend de médicaments, plus les maux de tête deviennent fréquents jusqu’à devenir chroniques.
  • Pendant des années, la personne souffre de céphalées épisodiques, le plus souvent de migraines.
  • Puis, sans raison particulière, lors d’un changement de traitement, d’une modification hormonale, d’une prise de poids ou encore d’un événement  de vie stressant ou d’un épisode dépressif, les céphalées se multiplient et les prises de traitement de crise se rapprochent.
  • Progressivement, la personne se trouve entraînée dans un cercle vicieux difficile à rompre menant à des crises quasi tous les jours.

Les Céphalées par abus médicamenteux (CAM) sont une chronicisation des céphalées qui survient lors d’une utilisation répétée d’antimigraineux ou d’antalgiques et qui se caractérisent par la survenue de maux de tête quotidiens ou quasi-quotidiens.

  • Les douleurs sont décrites à type de pression et surviennent plutôt le matin au réveil.
  • Elles sont moins intenses que dans la migraine mais durent plus longtemps.
  • Elles s’aggravent avec la prise de médicaments

Dans la plupart des cas, la douleur s’accompagne de problèmes psychologiques d’où un retentissement sur la qualité de vie au quotidien avec :

  • De l’anxiété et de l’irritabilité, des difficultés de concentration, de troubles de la mémoire ainsi que d’une tolérance aux autres diminuée et un besoin de s’isoler
  • Des troubles dépressifs avec découragement, perte d’envie, perte d’énergie et un sentiment de “ne pas s’en sortir“.
  • Des troubles du sommeil dus aux réveils précoces en lien avec les céphalées matinales.

 

Contrairement à ce qu’on pourrait le croire, la notion d’abus médicamenteux n’est pas définie par la quantité de médicaments prise mais par le nombre de jours de sa consommation sur une période de trois mois consécutifs.

Le diagnostic repose sur la description de l’histoire des céphalées, les examens complémentaires ne sont  pas nécessaires.

comment ça fonctionne ?

  • La Céphalée par abus médicamenteux est due à une sensibilisation des voies centrales de la douleur responsables du déclenchement des crises et à une désensibilisation des contrôles inhibiteurs de la douleur.
  • Parallèlement, la personne se trouve en situation de “manque“ : elle se sent prisonnière lorsqu’elle a mal et n’a plus d’autre choix que d’arrêter de prendre le médicament car la douleur réapparaît dès qu’elle prend le médicament.
  • Cette dépendance est d’autant plus importante que les médicaments contiennent une substance à effet psychotrope comme la caféine que l’on rencontre dans de nombreuses spécialités antimigraineuses ou un dérivé opiacé comme la codéine.
     

mieux vivre avec...

Le traitement consiste avant tout en un sevrage.

C’est-à-dire à stopper tous les médicaments antimigraineux de crise et tous les antalgiques.

Pour être réussi, ce sevrage sera accompagné d’un soutien, d’une écoute bienveillante et d’une démarche éducative.

Après le sevrage, la reprise d’un traitement de fond est indispensable pour éviter les rechutes.
 

Le sevrage

Il n’existe pas de protocole spécifique.

  • Il peut être réalisé de manière brutale ou progressive, en ambulatoire (à la maison) ou lors d’une hospitalisation.
  • Dans tous les cas, il sera adapté en fonction des médicaments pris en excès, de la fréquence des crises douloureuses ainsi que de votre mode de vie.
  • Le sevrage est un moment pénible qui occasionne des céphalées qui peuvent être fortes.  
  • Elles peuvent aussi s’accompagner de nausées et vomissements, d’une hypersensibilité aux bruits et à la lumière, d’anxiété et d’insomnie dont la sévérité et la durée dépendent du type de médicament faisant l’objet de l’abus.
  • Exceptionnellement, si la céphalée est particulièrement intense, un traitement symptomatique peut être prescrit de manière très cadrée.
  • Après le sevrage, les antimigraineux de crise seront repris mais à une fréquence inférieure pour éviter les rechutes et sans dépasser deux jours de prise par semaine.
  • Un suivi médical rapproché et régulier est également indispensable ainsi que la tenue d’un carnet de suivi des crises. 

 

L'accompagnement pluridisciplinaire

La clé d’un sevrage réussi est liée au soutien, à la compréhension ainsi qu’à une démarche éducative dont les objectifs sont :

  • Comprendre le rôle des prises répétées de médicaments dans l’entretien de la douleur
  • Savoir différencier les traitements de fond qui doivent être pris tous les jours des traitements de la crise qui à prendre uniquement en cas de crise et pas plus de 2 fois par semaine.
  • Savoir mieux distinguer la nature de la céphalée lorsqu’elle débute afin de ne traiter que les crises migraineuses et non les céphalées de tension.
  • Savoir soigneusement noter ses céphalées et ses prises médicamenteuses sur un carnet.

 

Un accompagnement de type psychothérapie et des séances de relaxation peuvent également aider à lutter contre l’anxiété, la peur de la douleur voire la dramatisation de la douleur.

De simples massages ou l’application de froid ou de chaud peuvent aussi être fort utiles.

Dans le cas d’une authentique dépendance aux opioïdes, une prise en charge en addictologie peut être nécessaire.

 

qui et quand consulter ?

La Céphalée par Abus Médicamenteux  se développe uniquement chez les personnes antérieurement céphalalgiqes et notamment les migraineux.

Parlez-en à votre médecin traitant si : 

  • vos céphalées sont de plus en plus fréquentes
  • elles surviennent chaque jour le matin au réveil
  • vous prenez beaucoup de médicaments pour la crise
  • elles ne sont plus améliorées par les traitements de crise

 

Si cela est nécessaire, il pourra vous adresser à un médecin spécialiste ayant une compétence particulière dans la prise en charge des céphalées. Il s’agit le plus souvent d’un neurologue.

Ou encore qui fera appel au centre d’évaluation et de traitement de la douleur le plus proche de votre domicile dont le principe est de prendre en charge les problèmes de douleur chronique de façon pluridisciplinaire.

 

bibliographie

  • Lantéri-Minet M. Demarquay G. et al. Démarche diagnostique générale devant une céphalée chronique quotidienne (CCQ) – Prise en charge d’une CCQ chez le migraineux : céphalée par abus médicamenteux et migraine chronique/Recommandations de la SFEMC, ANLLF et SFETD. Douleurs 2014 ; 15 (5) : 216-231.
  • Headache Classification Committee The International Classification of Headache Disorders: 3rd edition beta version. Cephalalgia 2013 ;  33 : 629-808.
  • Lantéri-Minet M. Duru G. et al. Quality of life impairment, disability and economic burden associated with chronic daily headache, focusing on chronic migraine with or without medication overuse: a systematic review. Cephalalgia 2011 ;  31 : 837-850.

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