mieux comprendre la migraine

La migraine ou céphalée migraineuse est une céphalée (mal de tête) qui évolue par crises, plus ou moins associée à d’autres symptômes.

La douleur s’installe de manière progressive (et pas brutalement). Elle dure de 4 heures à 3 jours (s’il n’y a pas traitement)

Elle est le plus souvent unilatérale affectant la moitié de la tête (soit à droite, soit à gauche, quelquefois les deux) et est pulsatile avec une sensation de “cœur qui bat dans la tête“, de “coups de marteau“ ou encore “de serrement ou d’écrasement“.

Elle se localise également au fond de l’œil ou derrière l’œil.

Elle est souvent augmentée par un effort (comme marcher, monter les escaliers)

Elle est associée à des nausées ou vomissements ainsi qu’à une hypersensibilité sensorielle (intolérance aux bruits et à la lumière).

Parfois, avant le mal à la tête, apparaissent des symptômes transitoires d’origine neurologique formant ce qu’on appelle l’aura.

  • Ils sont le plus souvent visuels comme des points brillants (scotomes) ou des “mouches“ noires apparaissent devant les yeux. Autrefois, ce type de migraine était appelée “migraine ophtalmique“.
  • Dans d’autres cas, une plage noire coupe le champ visuel en deux et gêne la vue au point qu'il peut être impossible de conduire. D’autres personnes peuvent aussi voir se dessiner sous leurs yeux des dessins géométriques.
  • Ils peuvent également relever de la sensibilité avec des fourmillements ou des engourdissements ou encore du langage avec une difficulté ou impossibilité de parler.

 

Ces symptômes apparaissent progressivement pendant plus de 5 minutes, c’est la “marche migraineuse“.

  • Leur apparition n’est jamais brusque.
  • Durant la phase d’aura, la personne n’a pas mal à la tête.
  • C’est après cette phase que la céphalée s’installe pour s’intensifie progressivement et atteindre son paroxysme au bout d’un temps variable selon les personnes, entre quelques instants et plusieurs heures.
  • Elle dure en général moins d’une heure et est totalement réversible.
  • Ce n’est ni une crise d’épilepsie, ni un accident vasculaire cérébral.
  • Certaines personnes ne présentent que des crises avec aura, d’autres alternent crises avec ou sans aura.
  • La migraine est une maladie bénigne et les crises surviennent sans aucun lien avec une autre pathologie, une anomalie ou un traumatisme identifiable.
  • C’est une maladie à part entière dont le diagnostic est avant tout clinique, sur la base des critères de l’international Headache society).
  • Aucun examen complémentaire de type prise de sang, scanner, IRM n’est nécessaire.​​​​​​.

 

 

En fonction de l’intensité de la douleur, de la durée et de la fréquence des crises et des vomissements associés, elle peut être très handicapante dans la vie quotidienne.

  • Car la douleur rend pénible toute activité et oblige souvent les personnes à s’allonger dans le noir.
  • Car, du fait des nombreux facteurs déclenchants, la personne a tendance à se priver de tout et à s’isoler socialement.

 

  • En France, 7 à 8 millions de personnes sont migraineuses dont la plupart sont des femmes avec des crises qui débutent dans 90% des cas avant 40 ans.
  • La plupart du temps, les crises surviennent de temps à autre : on dit qu’elle est épisodique.
  • Mais, sous l’influence de prises trop fréquentes de médicaments contre la douleur (antalgiques ou antimigraineux), elle peut évoluer à la chronicité.
  • La surconsommation de médicaments induit une accoutumance avec majoration des céphalées qui pousse à l’augmentation des doses. Le cercle vicieux peut être difficile à rompre, menant à des crises quasi tous les jours.
  • On parle alors de Céphalées Chroniques Quotidiennes (CCQ)
  • La dépression et l’anxiété peuvent également favoriser la chronicisation de la migraine.

 

à quoi est-elle due ?

 

La migraine est une maladie neuro-vasculaire qui implique :

  • Les vaisseaux sanguins qui irriguent le cuir chevelu et le cerveau
  • Les les nerfs qui se trouvent dans la paroi de ces vaisseaux.

 

Au cours d’une crise, il se produit une dilatation et une inflammation transitoires des vaisseaux qui se trouvent dans les méninges (enveloppes du cerveau).

C’est l’inflammation et la dilatation de ces vaisseaux (ils deviennent plus gros) qui provoquent la douleur.

 

Les étapes sont les suivantes :

  • Le ou les facteurs déclenchants provoquent une stimulation de l'hypothalamus (cerveau) et les neurones qui innervent les vaisseaux des méninges.
  • Les terminaisons nerveuses de la paroi des vaisseaux sont alors irritées et un signal est envoyé au centre de la douleur. Celui-ci ordonne aux vaisseaux de se dilater pour diminuer la tension. Cela provoque aussi un afflux de sang brutal dans les vaisseaux situés à la surface du cerveau à l’origine de la migraine.
  • Parallèlement, la dilatation des vaisseaux les rend "poreux" et la paroi laisse passer dans les cellules voisines des substances chimiques, telles que l'histamine et les kinines capables de provoquer une inflammation locale. Et qui dit inflammation, dit douleur.

 

 

L’aura est, quant à elle, d’origine purement neurologique et liée à un dérèglement transitoire du cortex cérébral avec :

  • Une diminution de l’activité électrique des neurones et donc une inhibition de la transmission des messages douloureux
  • Une contraction des vaisseaux qui se dilatent et provoquent la douleur de la migraine, entre 15 mn et 1 heure avant l'apparition du mal de tête.

 

Ces phénomènes transitoires se répètent de façon récurrente du fait d’une prédisposition génétique (qui n’est pas forcément héréditaire c’est-à-dire transmissible avec un seuil de déclenchement variable modulé par d’autres facteurs comme l’imprégnation hormonale sexuelle féminine et l’état émotionnel.

 

 

facteurs déclenchants

 

La plupart des migraines ont plusieurs facteurs déclenchants possibles ou des choses qui les occasionnent.

Ils sont personnels à chaque migraineux.

Ils peuvent aussi être déclenchant à un moment donné de la vie et ne plus l’être à un autre moment.  

 

Les plus connus sont :

  • Facteurs psychologiques. C'est généralement après un épisode de stress, une émotion forte ou une grande contrariété que les crises migraineuses se déclenchent.
  • Modifications du rythme de vie. Le changement de travail, le surmenage, le départ en vacances, le manque de sommeil...
  • Environnement. les changements climatiques, la forte chaleur, les vents violents, le froid intense, une augmentation de la pression atmosphérique.... ou encore la lumière vive ou clignotante, le bruit important, les odeurs fortes...
  • Aliments. Le chocolat, l’alcool, les fromages, les agrumes…
  • Hormones. Les règles, les contraceptifs, la grossesse....
  • Habitudes alimentaires. Le jeûne, le saut d’un repas, l’irrégularité des horaires du repas, l’arrêt de la consommation de café ou de thé...

 

 

mieux vivre avec…

Le traitement de la migraine repose sur 4 principes :

  • La suppression des facteurs déclenchants des crises 
  • Un médicament spécifique en cas de crise
  • Un traitement de fond si les crises sont fréquentes et pénibles.
  • Un travail sur soi couplé à une démarche éducative pour mieux gérer la survenue d’une crise.

 

les médicaments de la crise

Ces médicaments sont utiles pour diminuer l’intensité et la durée de la douleur ainsi que les signes associés (nausées, vomissements).

  • Ils n’agissent  pas sur l’aura migraineuse.
  • Ils doivent être pris dès le début de la crise et uniquement au moment des crises, sans attendre que la migraine s’installe en respectant la prescription du médecin sous peine de voir apparaître des signes de surdosage propres au produit ou une accoutumance.
  • Ils ne dispensent pas d’une mise au repos dans le calme, parfois l’obscurité.

 

Deux types de médicaments sont utilisés :

Les triptans :

  • Il agissent sur les vaisseaux du cerveau en diminuant le phénomène de dilatation et vont inhiber la libération de substances algogènes et inflammatoires.
  • Il existe plusieurs triptans. Leur efficacité est sensiblement identique, la différence se fait généralement sur la rapidité et la durée d'action qui varient selon les personnes.
  • Ils existent également sous différentes formes galéniques. Les formes oro-dispersibles et pulvérisables permettent d'éviter de devoir prendre de l'eau, ce qui en cas de nausées (symptômes fréquents des migraines) n'est pas toujours facile.
  • La forme spray nasal possède une plus grande rapidité d'action.

 

Les antalgiques de palier 1 (paracétamol, AINS) peuvent parfois suffire, seuls ou en association avec un autre antalgique ou un antiémétique (contre les nausées et vomissements).

 

Les opioïdes sont à éviter.

 

 

les médicaments en traitement de fond

  • Ils permettent d’espacer les crises ou d’en diminuer l’intensité.
  • Ils permettent aussi de diminuer la consommation des traitements de crise, la sensibilité aux facteurs déclenchants et améliorer la qualité de vie.

 

L’indication d’un traitement de fond dépend de la fréquence des crises et du retentissement social et professionnel que les crises ont sur votre quotidien.

  • Il est prescrit si les crises sont fréquentes (rarement prescrit à moins de deux crises par mois) ou longues et résistantes au traitement de crise, avec un retentissement sur votre vie au quotidien.
  • Il est également indiqué pour les migraineux qui ont une tendance à l’abus médicamenteux, même quand le traitement de crise est très efficace et que le migraineux a une qualité de vie normale.

 

Le traitement de fond doit être pris tous les jours pendant au moins trois mois avant de pouvoir en évaluer l’efficacité. L’objectif est de diminuer la fréquence des crises d’au moins 50%.

  • Si cet objectif n’est pas atteint, la posologie peut être augmentée ou une autre molécule peut alors être testée.
  • Son instauration doit s'associer à une démarche d'éducation pour bien comprendre la différence avec le traitement de crise et la tenue d’un agenda précis de vos crises pour permettre à votre médecin de juger objectivement de l’efficacité du traitement.

 

 

travail sur soi et démarche éducative

Une méthode efficace consiste à apprendre à gérer sa migraine.

Cela veut dire porter une très grande attention à vos maux de tête :

  • Connaître et reconnaître la maladie et ses symptômes
  • Comprendre les rythmes d’apparition des crises et des douleurs au cours de  la crise
  • Reconnaitre les facteurs déclenchants jusqu’à être certain de savoir quels facteurs sont importants pour vous.
  • Bien différencier les traitements de fond qui doivent être pris tous les jours des traitements de la crise qui à prendre uniquement en cas de crise et pas plus de 2 fois par semaine.
  • Savoir soigneusement noter ses céphalées, les facteurs déclenchants et les prises de médicaments sur un carnet.

 

C’est un travail de prise de conscience qui doit vous permettre de modifier, sans effort, certains éléments de votre mode de vie.

  • Pour la plupart des personnes, cela veut dire avoir un sommeil régulier, manger régulièrement, prendre des repas bien balancés, faire de l’exercice chaque jour et éviter les produits alimentaires transformés.
  • Certaines personnes noteront d’autres facteurs très spécifiques dont elles pourront facilement se débarrasser.
  • Certains facteurs déclenchants ne peuvent être évités. Les changements de température en sont un exemple.
  • Mais, si vous pouvez diminuer le nombre de facteurs auxquels vous êtes exposé en même temps, alors un de vos facteurs ne pourra peut-être pas déclencher à lui seul un mal de tête.

 

Pour vous accompagner dans cet apprentissage qui se fait généralement sur plusieurs mois, il existe de nombreuses modalités.

  • Les techniques cognitives et comportementales permettent une reformulation des croyances souvent erronées sur la maladie et sur le rôle à adopter au moment des crises. Elles induisent aussi une réassurance.
  • L’hypnose permet de focaliser le cerveau sur des sensations agréables pour oublier la douleur et d'apprendre à gérer de manière autonome ses crises douloureuses.
  • La relaxation facilite la maîtrise de soi et le lâcher-prise et permet de diminuer les tensions musculaires aggravées par la douleur) et de réduire l’hyperactivité sympathique liée au stress (tachycardie, sueurs).

 

Parlez en avec votre médecin, il est votre meilleur conseiller.

 

 

la neuromodulation

Elle consiste à stimuler certaines aires cérébrales à travers le crâne ou via les nerfs périphériques pour diminuer leur activité et par conséquent, limiter les crises.

Différentes techniques existent :

  • La stimulation magnétique agit via un courant électrique généré à travers une bobine aimantée contre un point précis du crâne pour moduler l'activité du cerveau et soulager la douleur. Cce sont les stimuli répétés qui vont modifier l’activité cérébrale.
  • La TENS ou stimulation électrique transcutanée délivre un courant électrique de faible intensité qui va stimuler pas les nerfs périphériques qui se trouvent juste sous la peau via des électrodes placée sur le cuir chevelu. Le courant électrique arrive donc dans le cerveau via les terminaisons du nerf trijumeau.
 

 

 

qui et quand consulter ?

 

Le  médecin généraliste est le premier médecin que le migraineux doit consulter.

  • Pour valider le diagnostic de migraine
  • Si vous ressentez un mal à la tête différent de vos maux de tête habituels
  • Si vous envisagez une grossesse ou une contraception
  • Parce que votre traitement de crise ne marche pas ou ne marche plus
  • Parce que vous prenez beaucoup de médicaments pour la crise c'est-à-dire 6 à 8 jours par mois ou plus depuis plus de trois mois) et que je veux discuter d’un traitement de fond.

 

  • Il confirmera le diagnostic de migraine et mettra en place un traitement adapté pour la crise.
  • En cas de crises résistantes aux traitements mis en place ou si vos maux de tête vous gêne dans votre vie personnelle ou professionnelle, il pourra vous adresser à  un médecin spécialiste ayant une compétence particulière dans la prise en charge des céphalées. Il s’agit le plus souvent d’un neurologue.
  • En dernier recours, une consultation au sein d’une unité spécialisée dans les céphalées ou d’une structure de prise en charge de la douleur peut être proposée.

 

 

 

bibliographie

  • Lantéri-Minet M. Demarquay G. et al.  Démarche diagnostique générale devant une céphalée chronique quotidienne (CCQ) – Prise en charge d’une CCQ chez le migraineux : céphalée par abus médicamenteux et migraine chronique/Recommandations de la SFEMC, ANLLF et SFETD. Douleurs 2014 ; 15(5) : 216-231.
  • Lantéri-Minet M. Valade D. et al. Prise en charge diagnostique et thérapeutique de la migraine chez l’adulte et chez l’enfant. Douleurs 2013 ; 14 (4) : 165-180.
  • Valade D. Douleurs et migraine. Douleurs 2009 ; 10 (S1) : S45-S47.
  • Lucas C. Lantéri-Minet M. et al. Comportements thérapeutiques des migraineux. Douleurs 2001 ; 2 (5) : 240-243.
  • HAS. Prise en charge diagnostique et thérapeutique de la migraine chez l'adulte et chez l'enfant: aspects cliniques et économiques, Tomes 1 et 2, 2002.

     

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