mieux comprendre l'hyperalgésie induite

L’hyperalgésie est une complication des traitements au long cours par les opioïdes. C’est également un effet bien connu des anesthésistes qui administrent des morphiniques dans le cadre des protocoles anesthésiques et en postopératoire. On parle alors d’hyperalgésie post-chirurgicale.

Cet effet, connu sous le nom d'hyperalgésie, rend ces médicaments moins efficaces et peut conduire à prendre des doses plus élevées pour obtenir le même effet.

Cette perte du pouvoir antalgique ne correspond pas à une perte d’efficacité de la molécule mais à une diminution progressive du seuil de perception de la douleur : la personne est devenue plus sensible à la douleur.

Quelles sont les manifestations ?

  • Augmentation de la sensibilité à la douleur ou hyperalgésie : une stimulation peu douloureuse devient hyperdouloureuse hyperalgésie.
  • Allodynie ou douleur en réponse à un stimulus non douloureux : le simple effleurement provoque une douleur intense.
  • Augmentation de la consommation de médicaments pour obtenir de nouveau un soulagement acceptable de la douleur (morphine, dérives opiacés et au sens large, les antalgiques)
  • Augmentation des effets secondaires dont une accoutumance et un syndrome de sevrage à l’arrêt du traitement.

​Son intensité est proportionnelle à la dose de médicament administrée et à la durée du traitement : plus la dose totale de médicament administrée est importante, plus la réponse induite est intense.

D'où vient ma douleur ?

Les opioïdes ont action duale avec un effet anti-nociceptif (contre la douleur) et un effet pro-nociceptif (pour la douleur) et l'effet antalgique est la résultante de ces effets contradictoires avec une analgésie initiale suivie d’une hyperalgésie.
L'effet analgésique s’épuisera quand le phénomène facilitateur de la douleur prend le dessus par rapport au phénomène inhibiteur

  • L'action antidouleur antinociceptive est immédiate s’exerce via l’activation des récepteurs de la douleur au niveau du cerveau qui vont eux-mêmes activer les fibres inhibitrices.
  • L'action pro-nociceptive est retardée et hyperalgique via l’activation des récepteurs NMDA qui vont activer les fibres excitatrices de la douleur et développer une sensibilisation centrale qui va amplifier la douleur au lieu de la calmer.

Quels sont les facteurs de risque ?

  • Médicament : dose administré, durée du traitement, caractéristiques de la molécule, voie d’administration.
  • Facteurs individuels : sexe ou phénotype (et donc le génotype)
  • Histoire de la personne : une personne ayant eu une « histoire » douloureuse et/ou de traitement morphinique peuvent, à l’occasion d’une nouvelle expérience douloureuse, présenter une réponse exagérée traduisant une hyperalgésie de longue durée (plusieurs jours) dépassant largement la durée de la stimulation nociceptive.
  • Contexte : une situation de stress avant le traitement peut majorer l’incidence des hyperalgésies.

Traiter ou prévenir l'hyperalgésie ?

  • Pour contrecarrer l’hyperlagésie : d’abord diminuer les doses d’antalgiques morphiniques puis utiliser des médicaments anti-hyperalgésiques, en association le plus tôt possible.
    • Certains agissent en bloquant les récepteurs NMDA, comme la kétamine ou le protoxyde d’azote. C’est la voie que l’on connaît le mieux.
    • D’autres possibilités existent avec les cannabinoïdes qui agissent sur les récepteurs cannabinoïdes omniprésents à tous les niveaux des voies de la douleur, tant au niveau central que périphérique.
  • Cette prise en charge nécessite une évaluation globale dans un centre spécialisée dans la douleur.
  • En association, un programme alimentaire pauvre en polyamines va également contribuer à limiter les processus de sensibilisation et par conséquent d’améliorer la qualité de vie.  

 

Bibliographie

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