La Doulou, ouvrage posthume paru en 1931 (mais rédigé à partir de 1885), est le journal de sa maladie, écrit comme l’indique l’avertissement, Dictante dolore, “sous la dictée de la douleur“. Il porte sur lui-même, sur les transformations progressives de son corps, sur la maladie et les malades qui l’entourent, un regard qui est à la fois d’une grande froideur clinique et d’une extrême vitalité, mêlant l’humour et la dérision.

La Doulou (la douleur en provençal) est un texte atypique d’Alphonse Daudet. Comme nombre de ses contemporains, l’auteur des Lettres de mon moulin contracta la syphilis dans un lieu de plaisir, lors de son arrivée à Paris, il avait 20 ans. La maladie évolua avec le temps en tabes dorsalis, forme particulièrement invalidante de la pathologie, dont le tableau clinique est assez terrifiant. Le malade est affligé de douleurs extrêmes des membres, de caractère classiquement fulgurant. Les climats des pays chauds lui étant plutôt favorables, il voyagea autour de la Méditerranée, de Tarascon à l’Algérie, terres éminemment tartarinesques. Il chercha aussi l’apaisement dans diverses stations thermales du centre et du sud de la France. Il mourra des suites de cette maladie de la moelle épinière en 1897, à l’âge de 57 ans, après treize ans d’agonie.

 

Tout humain normalement constitué sait qu'une vie sans douleur est impensable mais, de là à ce qu'elle soit chronique, il y a une marge que David Le Breton explore magistralement.

L'examen des itinéraires personnels de "douloureux chroniques" auquel se livre l'auteur montre que, si elle abîme profondément l'existence de nombre de patients, d'autres trouvent au fil du temps un soulagement ou un compromis, mais paradoxalement elle protège certains patients d'autres souffrances plus redoutables encore.

Il est temps, dit David Le Breton, que l'on développe davantage une médecine de la douleur centrée sur l'expérience intime des personnes afin de les aider, sinon à guérir, à accomplir une "réinvention de soi", autrement dit une réorganisation radicale de leur existence avec et autour de cette douleur chronique à tous les niveaux de leur quotidien, autrement dit à "tenir".

Dans cette enquête passionnante qui nous concerne tous de près ou de loin, le sociologue explore, consulte, interroge autant ceux et celles qui vivent cette douleur inexpliquée que les soignants qui essayent de juguler ce mal chronique.

 

David Le Breton est professeur de sociologie à l'Université de Strasbourg, membre de l'Institut universitaire de France et de l'Institut des études avancées de l'université de Strasbourg (usias). Il est l'auteur, entre autres, de : L'Adieu au corps, Anthropologie de la douleur, Marcher, La Saveur du monde, Éclats de voix et Disparaître de soi.

Dans un texte bref et essentiel prononcé et publié en 1992, Paul Ricoeur interrogeait l'expérience de la souffrance au coeur de l'existence humaine. Il en dépliait les horizons dans le rapport à soi et à l'autre, depuis la douleur corporelle jusqu'à la souffrance morale. Ce volume se propose de donner aujourd'hui à relire ce texte clé tant pour sa compréhension que pour une réflexion sur l'anthropologie philosophique et l'éthique du soin. Les contributions qui le suivent, chacune à leur manière, rebondissent sur les éléments d'analyse aujourd'hui particulièrement stimulants qui sont les siens, tout en les mettant en perspective avec certains enjeux très concrets du soin dans nos vies.

 

Nathalie Zaccaï-Reyners, docteur en sciences sociales, est chercheur au FNRS et professeur à l'Université libre de Bruxelles (Institut de sociologie, Groupe de recherche sur l'action publique). Elle a notamment dirigé Questions de respect (Éd. de l'université de Bruxelles, 2008).
Claire Marin, docteur en philosophie, enseigne en classes préparatoires. Elle est l'auteur de Violences de la maladie, violence de la vie (Armand Colin, 2008), Hors de moi (Allia, 2008) et a dirigé L'Épreuve de soi (Armand Colin, 2003).

Ce livre tente de faire sortir la question de l'autonomie du patient des contradictions stériles au sein desquelles elle se débat (doit-il être totalement libre de ses choix ou sous tutelle ?). Le vrai problème, comme sa solution, résident peut-être dans la conception de la norme. L'auteur propose l'hypothèse d'une potentialité « auto-normative » chez le patient, qui le rendrait susceptible de penser par lui-même sa norme de santé, en étroite collaboration avec le médecin. Celle-ci implique une relation à la fois éthique et pédagogique avec le patient ; elle favorise un indéniable enrichissement mutuel. Par une succession de prises de conscience normatives, le patient peut parvenir à une revalorisation de sa vie avec la maladie, qui lui permettra éventuellement de découvrir une dimension éthique à son « épreuve de la maladie »

 

Philosophe et docteur en sciences de l'éducation, Philippe Barrier est aussi un patient chronique possédant une longue expérience de la vie avec la maladie. Il a obtenu le prix IDS Santé de l'Académie de Médecine en 2011 avec son précédent livre : La blessure et la force (Puf, 2010), qui rendait compte de la découverte de cette puissance normative inhérente au vivant humain, dont il développe toutes les implications dans ce nouvel ouvrage. Il enseigne l'éthique médicale et l'éducation thérapeutique dans plusieurs universités, et il est un orateur très sollicité dans le milieu médical.

 

Le soi renvoie à la question de l'identité. Mais l'identité elle-même a deux facettes : d'un côté, elle renvoie au même, au semblable, celui dont il est question sur la " carte d'identité ", par exemple ; d'autre part, elle signifie le " soi-même ", le propre, l'unique que je suis par rapport à un autre, et l'autre que je suis par rapport à lui. Cette interrogation sur le même – idem – et le propre – ipse – renouvelle l'ancienne dialectique du Même et de l'Autre, puisque l'autre se dit de multiples façons et que le soi peut aussi être considéré en tant qu'autre. Soi-même comme un autre : l'ipséité est impossible sans l'invariant de l'identité, mais l'identité prend sens par la singularité affirmée de l'ipséité. 

Les dix études qui composent cet ouvrage sont une réflexion sur le sens et le destin des philosophies du sujet.

 


Philosophe, auteur d'une œuvre considérable, Paul Ricœur (1913-2005) a consacré sa réflexion à l'analyse du sujet, de son action et de son rapport au temps, et a noué un dialogue constant avec les sciences humaines.

La douleur est le premier mobile de la consultation médicale, elle est le signe qui ne trompe plus personne sur la nécessité d'un soulagement. Pourtant, même si la pratique médicale est souvent évoquée dans ce texte, le regard porte plutôt sur l'homme souffrant.

David Le Breton aborde la douleur sur un plan anthropologique et analyse la relation que l'homme entretient avec elle tout en le situant dans la trame sociale et culturelle qui le baigne et lui donne ses valeurs et l'orientation de ses conduites. Cet ouvrage constitue un nouveau chapitre de l'anthropologie du corps, où la douleur joue le rôle d'un analyseur fécond pour saisir la dimension symbolique de la relation de l'homme à son corps.

 

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies destinés à améliorer la performance de ce site et à vous proposer des services et contenus personnalisés. En savoir plus Fermer

,